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"A l'vraie mod' ed' Berck", une enseigne peinte par Francis Tattegrain
Affiche de Tattegrain



"A l'vraie mod' ed' Berck", une enseigne peinte par Francis Tattegrain

Présentation de l'oeuvre publiée au mois de août 2008
"A l'vraie mod' ed' Berck", une enseigne peinte par Francis Tattegrain

Distingué à plusieurs reprises au Salon, Francis Tattegrain ne renie pas pour autant ses racines. Issu d'une famille de juristes (son père présida le tribunal d'Amiens), il peint vers 1895 cette enseigne de magasin en utilisant le parler picard qu'il pratique avec les pêcheurs. Le panneau qui était accroché au-dessus de la porte du magasin témoigne autant de la verve du langage courant des autochtones que de l'attrait de son "exotisme" sur les premiers estivants. Il illustre l'attachement de l'artiste pour sa patrie d'adoption et sa réelle intégration à la population locale.
A la fois objet d'arts et traditions populaires et œuvre d'un peintre reconnu, ce beau document transmet une savoureuse nomenclature sur le costume traditionnel de la marine berckoise. Il
évoque aussi, avec humour, les clivages identitaires de la population: Sophie Caffier travaille non seulement "pour gens de mer et terriens du pareil" mais aussi pour "ches périsiens". Bienvenue chez les ch'tis!

La calipette

Le costume - et en premier lieu la coiffe - a toujours été, dans les sociétés rurales et maritimes, une manière d'afficher son appartenance à une communauté spécifique. Au sein de celle-ci, il n'y a guère d'exception. Toutes les matelotes de Berck arboraient la "calipette" picarde, très reconnaissable sur les toiles des nombreux peintres ayant représenté la marine berckoise, comme Eugène Boudin. Elle leur valait à l'extérieur le surnom de "blancs bonnets" et les distinguait de leurs voisines et rivales étaploises, porteuses du soleil à large bordure tuyautée.

Pichous et gartius

Chaque pièce d'habillement possède un nom spécifique. Là où le français se serait contenté de préciser la teinte du "jupon", le picard précise les choses et les met implicitement à leur place. Les peintres, comme Charles Roussel (illustration) ont mis en valeur le contraste proposé par la superposition de deux jupons: un rouge au dessus duquel en était porté un second, le plus souvent bleu sombre retroussé sur le bas du dos. Le premier se nomme "pichou", le second "gart'iu", c'est à dire "gare-cul", car le parler à Berck n'est pas moins haut en couleurs que la peinture!